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Des semences et des semenciers

14 janv 2008

Les aléas climatiques de l'année 2007 n’ont pas été favorables, en France, aux productions agricoles en général et aux productions de semences en particuliers. Vous-mêmes, que vous soyez maraîcher ou jardinier amateur, avez sûrement constaté sur vos cultures les effets de cette saison souvent froide et humide.

Que ce soit en bio ou en conventionnel, les rendements en semences ont souvent été inférieurs à très inférieurs à ce qui était attendu et la qualité des semences est plutôt moyenne. Il faut donc s’attendre à certaines pénuries de semences, surtout en semences bio car le nombre de semenciers est plus faible et parce que la production d’une variété n’est souvent faite que chez un seul agriculteur. Quand la culture est ratée chez cet agriculteur, il n’y a pas possibilité de s’approvisionner ailleurs. Bien entendu la situation varie selon les régions et selon les espèces.

Les semenciers n’ont pas réussi à produire toutes les semences nécessaires pour couvrir les besoins des agriculteurs et des jardiniers. C’est une preuve supplémentaire de l’intérêt des semences paysannes et des semences fermières qui limitent heureusement la pénurie de semences commerciales.

Malgré tout, nos disponibilités en semences pour le printemps 2008 sont presque normales, en dehors de quelques espèces comme les pois et certains haricots, certains oignons. La fameuse carotte Rodelika ne sera pas disponible non plus cette année pour les maraîchers. Il vous faudra sans doute avoir recours à certaines semences non bio. Pour nous, qui nous consacrons exclusivement à la distribution de semences biologiques, il n’était pas question de remplacer les variétés indisponibles par des semences conventionnelles non traitées.

De leur côté, les grands semenciers sont satisfaits, le droit des paysans de semer le grain récolté dans son champ ne cesse de s’amenuiser. Selon l’article L 623- 4 du code de la propriété intellectuelle, la semence fermière (= la multiplication de variété protégée par un certificat d’obtention végétale) était déjà une contrefaçon. Le 17 octobre 2007, le sénat a voté une loi sur la lutte contre les contrefaçons qui permet au semencier accompagné d’un huissier de procéder, chez le paysan, à des vérifications et à des saisies. Même si les semences paysannes ne sont pas directement concernées par cette loi, toute atteinte aux droits de certains paysans nous concerne et concerne notre droit à choisir notre alimentation. Dommage que les paysans n’aient pas les mêmes pouvoirs juridiques que les semenciers car ils pourraient prouver que ce sont souvent les semences des semenciers qui sont des contrefaçons des semences paysannes ! Pour les sélectionneurs, les semences paysannes représentent au fond leur ‘’réservoir génétique’’ et c’est pour cette raison qu’ils les laissent encore exister.

Il semblerait que la situation des variétés anciennes à usage amateur s’assouplisse : les semences de ces variétés ne seraient plus réservées aux seuls amateurs mais pourraient aussi être diffusées auprès des maraîchers qui vendent directement au consommateur final. Depuis la parution de cette réglementation en 1997, nous dénoncions le fait que les semences de ces variétés étaient théoriquement interdites de vente aux professionnels. Ces variétés anciennes resteraient néanmoins interdites aux maraîchers qui approvisionnent la grande distribution !! Si ces variétés conviennent à des professionnels, c’est qu’elles répondent mieux à certaines de leurs attentes et à celles de leurs clients. Plutôt que de faire voter une loi protectionniste, les sélectionneurs feraient mieux de prendre acte de cette évolution et de sélectionner des variétés population plus rustiques et de meilleure valeur alimentaire et gustative. Au lieu de cela, ils sélectionnent des copies hybrides F1 des variétés traditionnelles (tomate noire de Crimée et Coeur de boeuf par exemple) qui induisent le consommateur en erreur, n’ont plus aucun intérêt gustatif pour lui et risquent de le décourager de continuer à acheter des légumes issus de variétés anciennes. Espérons que la DGCCRF (Direction générale de la Concurrence, de la Consommation et de la Répression des fraudes) saura prendre les mesures qui s’imposent pour remédier à cette situation inacceptable.

Cette liste de variétés anciennes est-elle encore crédible quand on sait qu’il n’y a aucune garantie sur les méthodes de sélection. On y trouve déjà des variétés hybrides. A ce train-là, dans 15 ans, on y trouvera sans doute des variétés génétiquement modifiées puisque les variétés ne doivent avoir que 15 ans d’ancienneté pour y figurer.

Une bonne nouvelle pour finir, du moins pour ceux qui ont l’habitude de naviguer sur la toile : Germinance a mis en place son site web www.germinance.com. Notre catalogue y sera désormais en ligne avant même que vous ne le receviez par la poste. Il sera mis à jour périodiquement : en cours de saison, nous y indiquerons les variétés épuisées ou à nouveau disponibles. Vous pourrez y préparer votre bon de commande mais vous ne pourrez pas régler votre commande en ligne. Vous y trouverez aussi des informations sur le jardinage biologique et biodynamique, des conseils de culture et des conseils de saison, des liens vers d’autres sites. Un autre chapitre sera consacré aux informations concernant les semences bio. En outre, vous pourrez y poser des questions ou nous faire part de vos commentaires ou suggestions concernant le site. Nous espérons pouvoir ainsi vous fournir régulièrement des informations inédites ou difficiles à trouver qui complèteront les informations que vous trouvez dans les guides de jardinage ou dans les revues.

Nous vous souhaitons une fructueuse saison de jardinage.

François Delmond

EURL Germinance,
Les Rétifs – 49150 - St Martin d’Arcé.
Tel : 02 41 82 73 23
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